L'extractivisme s'invite au G7

Bien que le gouffre d’une crise écologique globale pointe de plus en plus clairement à l’horizon, jamais le capitalisme n’aura été aussi déterminé à nous y faire foncer tête première. À moins d’être un climato-sceptique de bas étage, ou un lobbyiste chez Transcanada, plus personne ne remet en doute le caractère précaire de la biodiversité. Or, on assiste pourtant à une multiplication des projets extractivistes, des projets qui visent l’accumulation de capital sur le dos des écosystèmes et des peuples, au profit de quelques pourritures à cravates. Surprise ! Les principaux pays leaders de l’extractivisme sont aussi des pays membres du G7.

La logique de l’extractivisme est simple, et très paradoxale : on extrait les ressources naturelles pour se faire du capital par le marché. Ce faisant, on augmente la rareté de ces ressources, ce qui provoque l’augmentation de leur prix, ce qui pousse les capitalistes à extraire plus, ce qui augmente leur rareté…jusqu’à l’épuisement !

Pour se donner quelques exemples, les sables bitumineux de l’Ouest canadien et les gaz de schiste sont deux ressources naturelles qui sont ciblées actuellement par l’extractivisme aux soi-disant « Canada et États-Unis ». Ces hydrocarbures ont la particularité d’être extrêmes ou non-conventionnels, c’est-à-dire qu’ils diffèrent du pétrole régulier par leur méthode d’extraction beaucoup plus polluante et risquée que celles utilisées auparavant.

Chemin faisant, on oublie volontairement que notre monde est limité, et c’est là que se situe le paradoxe écologique : l’extractivisme sème lui-même les graines de sa propre destruction, et au passage, de la nôtre.


Extractivisme impérialiste

Si la multiplication des projets extractifs en Amérique du Nord inquiète, la situation est tout aussi révoltante dans le Sud global. Sous les politiques néolibérales des États du G7, se cache toute une économie du pillage, maintenue au moyen de la dette et de la militarisation. Si l’impérialisme canadien passe souvent inaperçu vis-à-vis de l’impérialisme américain, notamment avec les guerres pétrolières au Moyen-Orient, il n’en demeure pas moins que l’État canadien est tout aussi violent et complice. L’un des exemples les plus flagrants est celui de l’industrie minière : 75% des entreprises minières dans le monde ont leur siège social au Canada. Seulement en Amérique latine, les actifs de ces compagnies ont une valeur de plus de 50 milliards de dollars. Ainsi, ailleurs dans le monde, l’impérialisme minier canadien est bien connu : on peut fréquemment voir des drapeaux canadiens brûler dans les manifestations contre l’imposition des mégaprojets miniers. C’est que ces projets ont des conséquences environnementales et sociales effarantes : contamination et assèchement des nappes phréatiques, dissémination de poussières toxiques, rupture des digues des bassins de décantation, déplacement de populations, etc. Et lorsque les communautés résistent, c’est par la force qu’on leur imposera ces projets. Seulement au Honduras, 125 activistes environnementaux et militant-e-s autochtones ont été assassiné-e-s depuis 2009, année du coup d’État supporté par les États-Unis et le Canada. Il ne va pas sans dire que depuis, les investissements canadiens au Honduras se portent bien. L’État canadien a signé un traité de libre-échange avec le Honduras en 2013 et a activement participé à rédiger le nouveau code minier de ce pays, dans le but de mettre fin au moratoire sur les nouveaux projets miniers qui avait cours depuis 2004. En somme, l’extractivisme est un rouage central de l’impérialisme canadien qui continue d’imposer le transfert et la concentration des capitaux du Sud vers le Nord, au mépris des vies humaines qui se trouvent sur son passage.


Extractivisme colonial

Si les États du G7 imposent pillage et destruction de l’autre côté de leurs frontières, ils font tout autant de ravage sur les territoires sur lesquels nous nous trouvons. Les frontières sont des lignes arbitraires qui ne servent qu’à renforcer l’allégeance nationaliste, et qui masquent que le pouvoir impérialiste est le même que le pouvoir colonial. Le soi-disant « Canada » n’est depuis le début qu’un triste projet d’extraction des ressources, depuis les castors, en passant par la forêt boréale, les minerais et le pétrole (l’eau sera-t-elle l’eldorado du futur ?), extraction rendue possible parce que les autorités coloniales ont volé aux peuples autochtones les territoires sur lesquels ces ressources se trouvent. Depuis maintenant 525 ans, ces derniers résistent contre la destruction qui leur est imposée, et leurs luttes frappent des points névralgiques de la machine capitalo-coloniale. L’an dernier, le camp de Standing Rock contre la construction d’un pipeline au Dakota du Nord a vu converger des milliers d’activist-e-s autochtones de partout sur le continent, et de nombreux et nombreuses militant-e-s solidaires. Le camp d’Unist’ot’en pour sa part tient maintenant les barricades depuis 2009 et empêche la construction des pipelines sur un territoire jamais cédé. Ces luttes contre l'extractivisme colonial nourrissent plus que jamais les imaginaires de la résistance et inspirent à la convergence de nos solidarités vers un puissant mouvement décolonial et anticapitaliste.


Conclusion

C’est donc un portrait sombre, taché de sang, qu’on découvre lorsqu’on gratte un peu pour voir ce qui se cache derrière les projets extractivistes. Pas besoin d’expert-e-s pour nous dévoiler la vérité, on se rend bien vite compte de l’ampleur de la tromperie quand nos forêts, nous cours d’eau, nos villages disparaissent pour laisser pousser une mine à ciel ouvert ou un pipeline. Pourtant, on continue de nous enfoncer ces projets dans la gorge, sans consultation, sans préavis, en nous vomissant dans les oreilles que tout va bien, et que seul prime le bien-être de l’économie.

Face à l’imminent G7 qui se tiendra ce printemps à La Malbaie, notre opposition est non-négociable.

Non-négociable parce que nous devons bloquer ce cirque de luxe, formule vacances Club Med, où les élites politiques se rassemblent pour s’entendre sur la nouvelle façon de mieux tromper, de mieux asservir, de mieux piller, de mieux tuer.

Non-négociable, parce que nous devons solidarité avec celles et ceux-là mêmes qui sont les premières victimes de nos prétendus gouvernements, celles et ceux qui nous sont rendu-e-s inaccessibles par ces murs invisibles que représentent les frontières, celles et ceux qui seront les plus gravement atteint-e-s par notre propre politique de l’autruche quant à la dégradation de la nature.

Non-négociable, parce que nous devons mettre à l'avant-plan les revendications des communautés autochtones, parce que nous devons répondre des actes passés qui expliquent leur oppression, parce que nous devons détruire le système actuel qui la perpétue.