Le G7, l'OCDE, la technologie et le travail

Face aux instabilités sociales et environnementales actuelles, la position des pays du G7 est claire: s’assurer que tout cela les affecte le moins possible. La catastrophe climatique annoncée n’est présentée que comme un défi à surmonter, et non un problème à régler. Le reste du monde peut se noyer; l’important est que les pays les plus riches demeurent à la surface.

Un des outils du G7 est l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économique. Elle regroupe tous les pays du G7, plus ses alliés notoires. C’est l’organisme qui a tenté de faire passer l’accord multilatéral sur les investissements (AMI) dans les années 1990s1, dont l’objectif était de permettre aux entreprises de poursuivre les gouvernements pour toute entrave à leurs affaires (ex.: lois environnementales, grèves, manifestations, etc.).

L’OCDE s’inquiète des changements technologiques actuels, appelés parfois «Industrie 4.0», de «quatrième révolution industrielle2», ou de «nouvelle révolution de la production» (NPR, next production revolution).3 L’OCDE estime que cette deuxième vague de robotisation, qui pourrait supprimer pratiquement tous les emplois industriels non qualifiés, amènera une hausse de la productivité de 5% à 30%. L’objectif de l’OCDE et, par contrecoup, du G7, est de s’assurer que ce soient leurs pays respectifs qui obtiennent cette richesse. Que celle-ci tombe entre les mains des individus les plus puissants de leur pays n’est pas un problème pour eux; l’essentiel est que cet argent tombe dans leur cour.4


L’OCDE ET SES RECOMMANDATIONS

L’approche recommandée par l’OCDE ne surprendra personne. Elle commence par une déréglementation de l’industrie, en particulier des lois environnementales et des lois entourant le travail. L’OCDE décrit les lois protégeant travailleuses et travailleurs comme un problème, en affirmant qu’un marché du travail règlementé empêche une utilisation efficace des ressources.4 En termes clairs, l’OCDE veut des travailleuses et travailleurs autonomes, sans protection ni avantages sociaux, qui peuvent être ballotés sur demande d’un emploi à l’autre.

L’OCDE recommande de plus de renforcer les lois protégeant la «propriété intellectuelle» des entreprises. Elle salue le fait que de nouveaux services sur l’internet comme Napster (qui distribuait toute la musique gratuitement) ont été remplacés par des entreprises comme iTunes (qui nous vend la même marchandise pseudo-culturelle autant de fois qu’elle en est capable). Elle recommande un renforcement de la cybersécurité, non pas pour protéger la population, mais pour protéger leur propriété intellectuelle, leurs secrets industriels.

L’OCDE dénonce aussi la résistance des environnementalistes, qui bloquent le déploiement de nouvelles technologies dont les impacts sur l’environnement ne sont pas connus. Elle dénonce notamment le cas de produits nanotechnologiques6 qui n’ont pas pu être utilisés parce que leur impact sur l’eau n’était pas connu, préférant ignorer que plusieurs rapports alarmants ont été produits sur l’impact des nanotechnologies sur des cellules vivantes.

L’OCDE recommande de plus le financement public pour la recherche appliquée qui n’a pas encore démontré sa rentabilité. L’objectif est clair: il s’agit de privatiser les profits lorsqu’il y en a, et de collectiviser les pertes encourues par la recherche. Les taxes que nous payons ne doivent pas servir à financer les services publics, mais à rentabiliser l’industrie.


ET SI ON SE RÉVOLTAIT?

Les pays de l’OCDE ne sont pas si aveugles que ça. Le rapport de l’OCDE mentionne7 le cas des Luddites au XIXe siècle, les personnes qui dénonçaient les machines qui remplaçaient les artisans et les poussaient à la misère.8 Le rapport mentionne ainsi que la révolution industrielle actuelle pourrait mener à une détérioration de nos conditions de vie à un niveau en dessous de ce qui pourrait être «socialement acceptable». Il faut bien comprendre, selon eux et elles, une détérioration de nos conditions de vie est correcte, même souhaitable. Il ne faut juste pas aller trop loin et nous pousser à la révolte.

Par contre, on ne peut pas oublier l’élimination d’emplois pénibles et dangereux grâce à la technologie. Si l’introduction de nouvelles technologies élimine des emplois existants, elle les remplace par des nouveaux. Le problème est que ces nouveaux emplois ne sont pas accessibles à tout le monde; ce sont des emplois hautement spécialisés qui demandent des études avancées. Un enfant d’une famille fortunée peut se permettre d’aller à l’école jusqu’à 30 ans. Par contre, une personne au chômage ayant une famille à supporter, une mère monoparentale, une personne avec un déficit d’attention... Ces personnes ne peuvent pas ou ne sont pas capables de passer des années dans les couloirs de l’université. Sans compter que la «révolution» industrielle actuelle semble éliminer beaucoup plus d’emplois qu’elle en crée.9

Au final il faudrait se demander à quoi va servir ce gain en productivité. Les marchés sont déjà saturés de bébelles inutiles ou de mauvaise qualité, l’endettement des familles atteint un sommet historique. Même l’environnement n’arrive plus à absorber tous nos déchets.10 Le seul marché présentement en augmentation constante est l’industrie de l’armement11, et on s’en passerait bien!

L’OCDE ne propose aucune solution, à part dire que la technologie va permettre à plusieurs personnes de vivre des vies plus riches.12 On n’en doute pas! Ce sera juste d’autres personnes que nous... Et finalement, les pays du G7 n’ont pas à présenter de solutions, nous les connaissons déjà. Ces solutions se mesurent en nombre d’uniformes, de boucliers, de matraques, de fusils.


COMMENT L’OCDE SE PERÇOIT ELLE-MÊME

Et bien, L’OCDE ne se perçoit rien de moins que comme la bienfaitrice de l’humanité! La perception de l’OCDE et du G7 est que ces pays sont les gardiens paternalistes de la civilisation. Les inégalités mondiales actuelles ne sont pas un problème: le rôle du G7 est de créer les nouvelles technologies (et de s’enrichir grâce à elles), alors que le rôle du reste du monde est de les consommer.

C’est une vision du monde très conservatrice où une élite paternaliste voit au bien-être d’une population tenue dans l’ignorance. C’était la justification utilisée par les rois pour asseoir leur pouvoir au sein des monarchies du XVIIIe siècle. C’était la justification utilisée par la bourgeoisie pour asseoir leur pouvoir au sein des démocraties du XIXe siècle. C’est la justification utilisée par les fascistes pour asseoir leur pouvoir au sein des dictatures du XXe siècle. Et c’est la justification utilisée actuellement par l’élite économique qui dirige les gouvernements de ce monde. Comme dit le dicton, “ils veulent notre bien et ils vont l’avoir!


NOTES

1 Au Québec, la contestation a pris la forme de l’opération “SalAMI”. Voir http://www.pmm.qc.ca/salami/francais/accueil.html

2 Selon l’OCDE, la première révolution est la production mécanisée assisté par les moteurs à vapeur (1780s), la deuxième la production de masse grâce à l’électricité (1870s), et la troisième la première génération de robots engendrés par l’électronique (1960s). La définition de ces “révolutions” ne fait pas consensus par contre.

3 Voir http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/science-and-technology/the-next-production-revolution/the-next-production-revolution-key-issues-and-policy- proposals_9789264271036-5-en, ci-après appelé Article NPR.

4 Comme le dit Merkel: “I want our strong german economy to be able to cope with the merger of the real economy and the digital economy, otherwise we will loose out to the competition.”

5 Traduit de l’Article NPR, page 8.

6 La nanotechnologie fait référence à la production de substances et objets de la taille de quelques atomes. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Nanotechnologie Ces produits sont tellement petits qu’ils n’ont aucune difficulté à entrer directement dans les cellules vivantes, causant la mort et la mutation des cellules affectées.

7 Voir Article NPR, page 31.

8 Voir https://en.wikipedia.org/wiki/Luddite

9 L’OCDE écrit que “Concern also exists that the digital economy is not creating the large number of jobs created by leading industries in the past”.

10 Voir https://www.theguardian.com/ environment/2017/jun/28/a-million-a-minute-worlds- plastic-bottle-binge-as-dangerous-as-climate-change

11 Voir http://www.nasdaq.com/article/5-top- defense-stocks-to-buy-on-trumps-afghanistan-strategy- cm835942

12 L’OCDE écrit: “many to live richer better lives”.

13 Le texte exact dit: “While great wealth can come from creating technology, most companies and most
countries – especially developing countries – will mainly be technology users”.