Quelques trucs pour passer à l'action

Ce texte vise à fournir quelques idées pratiques afin de bien se préparer à des manifestations et à des actions de tout genre. Mot d’ordre: soyez sécuritaires et préparez-vous d’avance!

Sécurité 101 et tactiques
D’abord, il est important de savoir à quel type de manifestation ou d’action on s’apprête à participer. Il est certain que la réponse des flics sera bien différente s’il s’agit, par exemple, d’une manifestation organisée par le milieu communautaire en comparaison à une manif anticapitaliste comme celle du 1er mai. Dans le cas où le trajet n’est pas donné et que les groupes qui lancent l’appel se réunissent autour de principes “radicaux” (anticapitalisme, anticolonialisme, contre la brutalité policière, contre les prisons, etc.), on peut raisonnablement s’attendre à une présence plus nombreuse et plus agressive de la part des flics.
Une tactique commune de la part de la police est d’envoyer une escouade qui suit la manif de très proche, souvent en marchant sur le trottoir ou carrément dans la rue, sur les deux côtés. Il est important dans ce cas de rester proche de nos camarades, d’être masqué-e-s, de faire attention à ne pas être seul-e-s, car c’est souvent à ce moment que les flics procèdent à des identifications et à des arrestations ciblées.
Une tactique intéressante que l’on a pu apercevoir, entre autres, lors de la manif contre la brutalité policière du 15 mars 2018, est de trouver des moyens afin de repousser la police en-dehors de la manif. On peut, par exemple, avoir de longues bannières face aux escouades afin de leur cacher la vue et d’utiliser des pancartes pour se protéger des caméras, mettre de la pression en groupe afin de les repousser sur les trottoirs et les ralentir, ou encore carrément entrer en confrontation directe. Il est difficile de savoir d’avance si cela sera efficace et comment les flics réagiront, mais une fois le coup réussi, le sentiment d’empowerment des manifestant-e-s grandit souvent instantanément, donnant ainsi une énergie particulièrement intéressante à la manif. Il faut toutefois faire attention, car c’est souvent à ce moment que la tension monte d’un cran et que les flics s’apprêtent à charger.
On doit d’ailleurs garder les oreilles ouvertes en tout temps, en essayant de capter le message d’avertissement lancé par le camion-son de la police. Une fois que cela est fait, on peut s’attendre à une première charge de l’anti-émeute sous peu et il faut donc en être conscient-e. C’est lors de ces charges que les flics vont essayer soit de disperser la foule et de mettre fin à la manif, ou bien de créer un encerclement (souricière). Pour éviter la souricière, il peut être judicieux de s’assurer que la manif occupe toujours au moins une intersection, du moins lorsque cela est possible.
Lorsque les flics chargent, il est primordial de garder son calme et de ne pas paniquer. Il faut éviter de courir lorsque cela n’est pas nécessaire et rester en groupe. Finalement, assurez-vous d’avoir un numéro d’avocat-e sur vous, si possible écrit directement sur votre bras ou votre ventre avec un sharpie ou un stylo-bille.

Masque et tenue vestimentaire
Il est important de porter un masque lors des manifestations, car cela permet de faire des actions sans être reconnu-e-s et d’éviter d’être éventuellement judiciarisé-e-s. Le bandana n’est pas suffisant, il faut se couvrir l’ensemble du visage car la police emploie des tactiques de reconnaissance faciale assez avancées. En plus du bandana, on peut utiliser une grosse tuque noire, un t-shirt permettant de couvrir l’ensemble du visage, des lunettes, etc. Si vous portez un bandana et que vous mettez des lunettes de soleil, prévoyez qu’elles seront probablement embuées fréquemment, ce qui peut être gênant. Quant au bandana, essayez de prendre du tissu léger, car sinon cela peut obstruer votre respiration. Faites bien attention de couvrir vos cheveux, tatoos, piercings, bref, tout ce qui pourrait permettre à la police de vous identifier. Portez des gants en coton, ce qui permet d’éviter de laisser des empreintes digitales. Si vous touchez des objets préalablement, vous pouvez utiliser de l’alcool à friction afin de faire disparaître les empreintes, en frottant doucement avec un tissu.
Faites attention aux lieux où vous changez votre linge. Il est judicieux d’avoir une tenue prévue pour avant la manif, pendant et après. Vous pouvez porter plusieurs couches et vous en défaire aux moments appropriés, toujours dans des endroits sécurisés et loin des yeux des gens (et surtout des flics). Parfois, on peut se changer au lieu du rassemblement, en étant entouré-e-s de bannières et ou d’ami-e-s. L’important est d’être discret-e et de ne pas se faire voir, en émergeant de la foule de manière anonyme. Faites attention de ne pas porter votre tenue de tous les jours et de penser à des choses qui peuvent paraître futiles, mais qui peuvent servir d’outils de reconnaissance pour les flics; par exemple votre sac à dos, ou encore vos souliers (vous pouvez couvrir ceux-ci avec des bas de nylon noirs).
Il est toujours pertinent de s’habiller tout en noir afin de former des black blocs, ce qui permet de garder un anonymat collectif et d’assurer une sécurité supplémentaire, surtout pour ceux et celles qui s’apprêtent à réaliser des actions. Toutefois, tentez de ne pas vous écarter seul-e, car les flics ont tendance à cibler davantage ce type de personnes.

Sécurité et communication
Si vous pouvez éviter d’emmener votre cellulaire lors de la manifestation, faites-le. Prenez pour acquis que si les flics vous arrêtent, ils et elles n’hésiterons pas à fouiller dans vos choses personnelles. Dans tous les cas, sécurisez votre téléphone avec un code d’accès. Si vous ne pouvez vous passer de votre cellulaire, assurez tout de même une communication sécuritaire avec vos ami-e-s (ex: Signal). Si vous n’avez pas votre cellulaire, trouvez un moyen de contacter un-e ami-e proche ou un-e coloc afin de leur faire savoir que vous allez bien et que vous n’êtes pas en état d’arrestation, surtout lorsque la manifestation tourne au vinaigre.
Lorsque l’on organise une action ou une manifestation, on doit également faire attention aux objets électroniques, car cela peut être éventuellement utilisé contre vous. Mettez votre cellulaire dans une autre pièce, mettez-le dans le frigidaire, ou enlevez la batterie. Cela peut sembler paranoïaque, mais les histoires de personnes sous écoute sont bien réelles, et il n’en coûte pas grand-chose d’agir avec le plus de sécurité que possible. N’oubliez pas non plus que les cellulaires sont tous équipés de géo-localisation. Si vous prenez des photos d’actions qui peuvent être compromettantes, il est important de nettoyer les métadonnées de celles-ci qui contiennent le modèle et la marque de l’appareil avec lequel les photos sont prises, de même que l’heure exacte de la photo.
Parlez le moins possible des actions que vous avez faites, même auprès de vos ami-e-s proches. Il peut être tentant, pour différentes raisons, de raconter ces histoires, mais plus de monde le sait, plus vous vous mettez à risque (surtout lorsque cela concerne des actions incriminantes que vous avez réalisé). Faites spécialement attention aux réseaux sociaux (ex: facebook), car des flics sont engagés à temps plein afin de garder un oeil sur les différents mouvements politiques, surtout de l’extrême gauche. Il existe des moyens de publier de manière sécuritaire et anonyme des textes qui expliquent vos actions, ce que nous vous invitons à faire (voir à ce sujet le site web de Montréal contre-info).

LA DIVERSITÉ DES TACTIQUES
Il s’agit avant tout d’accepter que d’autres utilisent différentes tactiques que soi. Ça ne veut pas nécessairement dire d’utiliser l’action directe ou des actions plus “violentes”, mais de NE PAS NUIRE à celles et ceux qui le font. C’est aussi important, quelque soit la tactique que l’on emploie, de ne pas compromettre la sécurité des autres par nos actions et d’en assumer au minimum la “responsabilité”. Exemple: ne pas lancer de projectiles si on est loin de la police; on risque de blesser une vraie personne et si la police charge, ce sont les plus près qui écoperont. Inversement, si l’on voit des actes illégaux, ne pas les dénoncer à la police reste le choix le plus solidaire.