L'organisation sécuritaire en groupe affinitaire - Jus Parabellum vol.1

Lorsque l'on poursuit des objectifs politiques, il est fréquent de devoir organiser des activités de mobilisation ou des actions sur le terrain avec des camarades. Ce feuilleton vous présente quelques grandes lignes pour une organisation sécuritaire.

I. Établir une culture de confiance et confidentialité

Établir des bases d'organisation sécuritaire sert avant tout à faire cesser le sentiment de paranoïa en s'assurant du respect des règles de confiance. Concrètement, cela veut dire s'établir certaines balises de proximité nécessaire avec les camarades selon le niveau sécuritaire d'une action. Depuis combien de temps connaissez-vous cette personne ? Êtes-vous en mesure de retracer ses implications militantes ? Comment ce sont passées ses expériences avec d'autres groupes ? Toutefois, il n'est pas utile de ce questionner pendant des heures. Si vous avez des doutes sur la fiabilité de quelqu'un.e, mieux vaut ne pas lui transmettre d'informations ou de tâches sensibles. Prenez soin de vous et de vos camarades : êtes-vous prêts.es à vous supporter mutuellement en cas d'arrestation ou de confrontation ? Avez-vous pris le temps de discuter des risques et des détails nécessaires à la compréhension de l'action pour vous assurer du consentement libre et éclairé de tou.te.s les camarades ?

II. Partagez l'information de manière sécuritaire

Lorsqu'il est question d'informations sensibles (destination, stratégie, lieu et date non publics, etc.), assurez-vous que rien ni personne pourraient vous entendre et/ou vous enregistrer. Retirer les batteries et les cartes SIM de vos cellulaires (ou ne les apportez pas !). Assurez-vous de choisir des lieux de rencontre qui vous permet de contrôler les allées et venues. Évitez les lieux trop connus de l'extrême-gauche pour les réunions très sensibles, ou les lieux particulièrement surveillés par caméra.

L'internet est un outil d'organisation pratique, mais ce n'est pas un lieu sécurisé pour le partage d'informations. Internet, c'est public ! Ne vous identifiez pas, ou n'identifiez pas des camarades sur des photos d'action militante, et évidement, n'organisez pas une action via Facebook avec vos camarades. Évitez les courriels pour la distribution d'informations sensibles et créer un courriel distinct pour vos activités militantes et vos occupations personnelles. RiseUp et Protonmail sont des services de courriels qui prennent plus à coeur la confidentialité de leur abonné.e.s que Gmail, Hotmail et autres.

L'information, c'est le nerf de la guerre de l'organisation sécuritaire. Transmettre les informations sensibles de manière sécuritaire et uniquement aux personnes qui ont besoin de la connaître : c'est se protéger soi-même des fuites d'informations qui pourraient être critiques pour la réussite de l'action ou pour éviter des accusations. C'est aussi protéger celles et ceux qui ne devraient pas connaître ces informations en cas d'altercation avec la police. Quand tu ne sais rien, tu ne peux rien dire.

III. Reconnaître et établir un niveau de sécurité

Chaque action a un niveau de sécurité différent et un événement peut contenir différents niveaux de sécurité. Identifier le niveau de sécurité permet d'établir les différentes balises pour déterminer quelles sont les informations sensibles et le niveau de confiance à établir entre les camarades nécessaires pour l'organisation de l'action.

Liste non-exhaustive des niveaux de sécurité (1 étant le plus sécuritaire) :

  1. Seuls.e.s les camarades directement impliqué.e.s dans l'action connaissent son existence.
  2. Le groupe d'action décide, au cas par cas et d'un commun accord, de dévoiler l'action à des personnes de confiance dont leur soutien est nécessaire.
  3. Le groupe peut inviter à participer à l'action des camarades potentiels; en étant conscient qu'en cas de refus, la connaissance de l'action est élargie à l'extérieur du groupe.
  4. Aucune liste précise de personnes invitées n'est dressée. Les participant.e.s peuvent inviter d'autres personnes et les encourager à faire de même; tout en insistant sur la nécessité de garder l'information dans les sphères dignes de confiance pour en conserver le secret.
  5. Des «rumeur» de l'action peuvent être largement répandues au sein de la communauté, mais l'identité des personnes centrales pour son organisation doivent rester secrète.
  6. L'action est largement annoncée, tout en conservant un minimum de discrétion, afin que les autorités les plus somnolentes n'en aient pas vent.
  7. L'action est annoncée publiquement par tous les moyens possibles.

Pour illustrer les différents niveaux de sécurité voici quelques exemples : les niveaux 1 et 2 ont été utilisés par le passé pour des actions d'occupation ou de pose («drop») de bannières ; les niveaux 3 et 4 ont été utilisés pour la convocation d’une réunion de préparation d’un black bloc pour une manif ; le niveau 5 a été utilisé pour une perturbation de concert, par exemple; le niveau 6 est utilisé pour l’appel à des masses critiques (manif à vélo) ; le niveau 7 est utilisé pour une manif autorisée ou familiale, par exemple, ou pour une projection de vidéos.

IV. Rappel des bonnes pratiques

La préparation est la clef du succès. Si vous prévoyez une action, prenez le temps d'établir en groupe l'ensemble des paramètres qui entoure sa stratégie et son exécution. Faites du repérage sur le terrain. Prévoyez des vêtements adéquats en gardant à l'esprit que les policièr.e.s font du profilage et identifient les personnes majoritairement à l'aide de leur apparence. Évitez les achats et les déplacements avec des modes de paiement ou de passage avec lesquels on peut retracer vos déplacements. N'apportez avec vous que ce que vous avez besoin, rien de plus. Si vous devez transporter du matériel, n'attirez pas l'attention en ne respectant pas les lois et les réglements. Partagez équitablement les tâches, évitez que toute l'action repose sur une personne. Si vous prenez des photos, assurez-vous que personne ne soit reconnaissable sur la photo et prenez le temps de détruire les métadonnées avant de publier la photo sur internet. Dispersez-vous en petits groupes à la fin d'une action : un.e camarades seul.e.s est un.e camarade vulnérable. Prévoyez un numéro d'avocat en cas d'arrestation.

N'oubliez pas que si vous êtes arrêté.e.s, trois informations doivent obligatoirement être transmises à la police : votre nom, votre adresse et votre date de naissance. Pour le reste, le silence est d'or sans la présence d'un.e avocat.e.

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